Douleur de l’enfant : comment la soulager

Mis en ligne le 15 janvier 2007  

Il a fallu du temps au monde médical pour reconnaître que les enfants, même petits, ressentaient la douleur. Des moyens efficaces permettent aujourd’hui de la prévenir et de la soulager. Mais d’importants progrès restent à faire pour achever de changer les mentalités. Et dans ce domaine, les parents aussi ont un rôle à jouer.

La loi du 4 mars 2002 sur les droits des malades le précise : « Toute personne a le droit de recevoir des soins visant à soulager sa douleur. »

-  « Mais de nos jours, chez l’enfant, cette prise en charge dépend encore trop souvent de la bonne volonté des soignants », reconnaît Elisabeth Fournier-Charrière, pédiatre à l’hôpital universitaire de Bicêtre (Val-de-Marne) et spécialiste de la douleur de l’enfant.

Des gestes douloureux

L’enquête Epippain(1), menée en 2005 auprès de 431 nouveau-nés hospitalisés, a ainsi mis en évidence plus de 60 000 gestes douloureux, dont les deux tiers seulement ont été réalisés avec analgésie.

-  « La douleur est indispensable, car elle aide au diagnostic. Dans la vie quotidienne, celle des petits bobos, elle a sans doute un rôle éducatif, car elle apprend aux enfants à comprendre leurs limites. Mais lorsqu’elle envahit le corps et l’esprit ou qu’elle est infligée par les soins, elle devient inacceptable », affirme Elisabeth Fournier-Charrière.

Chez les petits enfants, incapables d’exprimer eux-mêmes ce qu’ils ressentent, la douleur se traduit souvent par des raideurs, des crispations, des positions inhabituelles, mais aussi un refus de s’alimenter, de jouer ou de communiquer. Des signaux à prendre au sérieux en toutes circonstances, car même les affections bénignes peuvent s’accompagner de douleurs intenses.

-  « On sait aujourd’hui que tous les antalgiques, y compris les plus puissants, peuvent être employés sans risque chez les enfants. Il n’y a donc aucune raison pour qu’ils souffrent pendant 36 heures à cause d’une simple otite ! », lance Elisabeth Fournier-Charrière.

Depuis une dizaine d’années, de nouveaux médicaments, comme la crème anesthésiante (Emla®) ou le meopa (Medimix®, Kalinox®), un mélange gazeux aux effets relaxants et antalgiques, permettent aux enfants de surmonter plus facilement des épreuves aussi traumatisantes que les piqûres ou les points de suture.

Sans dramatiser ni banaliser

Mais les médicaments ne font pas tout :

-  « Avant un soin, pour que l’enfant ait moins peur, il faut commencer par lui expliquer ce qui va se passer, sans dramatiser le geste ni le banaliser », conseille Françoise Galland, directrice de l’association Sparadrap, qui milite pour l’amélioration de la prise en charge des enfants malades ou hospitalisés.

-  « Pendant les soins, poursuit-elle, les parents sont également très utiles, car ils peuvent rassurer leur enfant, le distraire et aider les soignants à repérer les changements dans son comportement. Malheureusement, leur présence n’est pas toujours encouragée. »

Face à certains soignants, les parents devront donc parfois insister pour se positionner comme de réels partenaires.

Ils ne devront pas hésiter non plus à réclamer au médecin la prescription d’un antidouleur, ni à lui demander des médicaments plus puissants si les premiers n’agissent pas. En cas de blocage, ils ont encore la possibilité d’adresser une plainte à la direction de l’hôpital. Une façon comme une autre de faire évoluer les pratiques.

(1) Epidemiology of Procedural Pain In Neonates, réalisée en France dans plusieurs services de réanimation et des services mobiles d’urgence et de réanimation (SMUR) pédiatriques, coordonnée par le Centre national de ressources de lutte contre la douleur (CNRD)

source : France Mutualité, Stéphanie Lampert